Yves Klein : Poète du réel

Par Océane Chiaroni

 

 

Né en 1928 à Nice, dans une famille d’artistes, Yves Klein, passionné d’art martiaux, aurait dû devenir judoka, mais l’art le rattrape. Artiste autodidacte, solitaire assumé, attiré par l’absolu, il décide en 1954 de se tourner définitivement vers ce pour quoi, tout au fond de lui, il était destiné : faire entrer l’art et la beauté dans la vie. 

Ce fut sur le mur d’une cave appartenant à la famille d’Arman (qu’il rencontre dans la librairie de sa tante), que Yves Klein peignit ses premiers monochromes bleus dans les années 1947-1948. 

En 1952, il part à la découverte du monde et entreprend un séjour au Japon.

 

 

 En 1955, à Paris, il fait la connaissance de Tinguely, César, Raysse et Restany, et présente au Salon des Réalités Nouvelles, une peinture d’une seule couleur, qui est refusée et provoque un scandale. Mais dès l’année suivante, les expositions de Monochromes se succèdent.

 

En 1956 également, Yves Klein se rapproche d’un certain Édouard Adam, marchant de couleurs parisien, et d’un chimiste de Rhône-Poulenc. Ensemble, ils vont mettre au point un médium fixatif avec une résine synthétique baptisée Rhodopas. En séchant, celle-ci se rétracte et laisse apparaître le pigment pur. Ainsi né le bleu outremer aujourd’hui appelé Bleu Klein.

En 1957, l’artiste expose dans plusieurs villes européennes et organise deux manifestations à Paris, l’une à la galerie Iris Clert et l’autre chez Collette Allendy sur le thème du monochrome. C’est à cette époque qu’il entreprend ses premières performances, appelées « anthropométries » par le critique d’art Pierre Restany, et obtient une commande pour la ville de Gelsenkirchen en Allemagne.

En 1958, Iris Clert lui consacre une exposition sur le thème du « vide ». L’espace de la galerie, aux murs recouverts de peinture blanche, est entièrement nu. Klein propose aux visiteurs de faire l’expérience de l’espace, de l’air, mais aussi de l’absence. Un événement radical qui fait scandale.

En 1961, il réalise ses premières peintures de feu au centre d’essais de Gaz de France. Une nouvelle fois, l’artiste joue avec la force des éléments naturels.

  

 

 

 

Personnage extravagant, il est très vite considéré comme un pionnier de l’art contemporain. Avant-gardiste dans son travail, il était largement incompris.

A la fois photographe, vidéaste, artisan, peintre, sculpteur ou performer, sa technique de travail et sa vision des choses en fond un artiste a part.

 

Son envie : « libérer la couleur de la prison de la ligne, la seule manière de peindre « pour voir ce que l’absolue avait de visible ».

 

 

 

Sa démarche est liée à l’immatérialité. Sa peinture ne comptait pas vraiment, elle était comme le témoin d’une action ou d’un moment. Il ne se considérait d’ailleurs jamais comme étant l’auteur de ses œuvres puisque à ses yeux la beauté existe à l’état invisible et qu’il n’avait pour mission que de la saisir et de nous la faire découvrir. La diversité des techniques mises en œuvre tout au long de son parcours obéit d’ailleurs à une même intuition. La finalité de chacune de ses démarches reste pleinement artistique.

Ses théories et ses innovations ont ainsi massivement contribuées à l’évolution de l’art contemporain, ce dont l’artiste avait pleinement conscience.

 

« Le bleu rappelle tout au plus la mer et le ciel, ce qu’il y a de plus abstrait dans la nature tangible et visible »

 

En ayant créé sa propre couleur, un pigment hypnotique et enivrant, Yves Klein était convaincu que dans l'art du futur, les artistes ne peindraient plus que des monochromes.  Obsédé par sa découverte, l’artiste déposa la formule de son bleu à l'institut national de la propriété industrielle (INPI) sous l’enveloppe Soleau n.63471 le 19 Mai 1960. A l’époque cette démarche est considérée comme un acte artistique au sens de l’art conceptuel, car jusque la, selon la loi, il été impossible de s’approprier une teinte, et c’est l’association du liant et du pigment qui ont fait l’originalité du produit et ont ainsi permis de le déposer.

Dans sa quête d’immatérialité et d’infini, Yves Klein adopte le bleu outremer comme véhicule. Il sera dès lors son principal outil de travail, considérant qu’étant hors dimension, cette couleur était pour lui la plus abstraite qui soit. L’artiste ne laissait rien au hasard, il œuvrait avec méthode; sa concentration était impressionnante, à la limite de la rupture, ce qui fascinait tout le monde.

S'il est principalement connu pour ses « anthropométries » -performances qui emploient la technique des pinceaux vivants, et pour ses peintures de feu - avec Yves Klein, l’art est devenu cosmique.

Aujourd’hui, ses œuvres sont exposées dans les plus grands musées à travers monde.

 

Lorsque le Bleu Klein inspire la déco

Si l’artiste du même nom a rêvé du bleu parfait, cette teinte si intense, aussi vibrante que lumineuse donnera sans conteste une forte personnalité à votre intérieur. Pour vous donner quelques idées voici quelques suggestions de meubles et d’objets à vous offrir pour le plaisir.

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De gauche à droite : 

1. Tasse à café & sous-tasse Harvard, Vista Alegre
2.  Vide poche Darksnow, creation Eric Hibelot pour Les Emaux de Longwy
3. Coussin Paon velours chez Maisons du Monde
4. Canapé en fourrure , création Norki Décoration
5. Table basse Fidji, création Folsom x Malherbe Éditions
6. Lampe Pipistrello, design Gae Aulenti pour Martinelli Luce chez Laurie Lumière

7. Bougie Bona fide, très prochainement !

 

Le Saviez-vous ?

Yves Klein était catholique et très croyant, il est aussi passionné par le mystique ce qui explique en partie son obsession pour le ciel et son bleu hypnotique.

C’est dans ce cheminement de pensée qu’il travaille également le rose et l’or qui avec le bleu représente pour lui la Sainte Trinité ( Or pour le père, Bleu pour le fils et le Rose pour le Saint Esprit).

Il réalise un style différent triptyque dont « Ex-voto » pour le sanctuaire de Rita de Cascia en Italie, le triptyque de Krefeld ou encore Monochrome Fêter.

 

Ses œuvres majeures

Monochrome bleu sans titreIKB 3, 1960

Œuvre caractéristique de l’Époque bleue, le monochrome traduit la quête d’absolu d’Yves Klein. Le bleu, couleur abstraite, n’est que la plus pure expression de sa théorie. L’espace de la toile est totalement saturé, imprégné de bleu. Il associera parfois à la couleur bleue celle de l’or, alchimique et sacrée.

 

Anthropométrie de l’époque bleue (ANT 82)1960

Il s’agit ici de la technique des pinceaux vivants qui permet à Klein de réaliser ce que le critique Pierre Restany qualifie d’« anthropométries ». Ces performances sont réalisées en public. L’artiste dirige des modèles nus, enduits de couleur bleue, sur une toile libre. Le résultat est une trace, subjective, qui interroge notre rapport au temps et à l’histoire. 

Peinture de feu sans titre (F 74), 1961

La maîtrise du feu est un exercice sensible et dangereux. À l’aide d’un équipement mis à sa disposition par Gaz de France, Klein matérialise des traces de la puissance de cet élément naturel. Des modèles posent au préalable sur un carton résistant, et l’artiste humidifie les contours de leurs corps. Puis, à l’aide d’un lance-flammes, il chauffe le carton, faisant apparaître les silhouettes des corps en négatif. Utilisant l’eau et le feu, Klein joue avec les extrêmes pour révéler des formes invisibles.

L’Arbre, grande éponge bleue, 1962

Il s’agit d’un matériau végétal, figé et devenu sculpture. Ainsi, Klein réalise des formes dans l’espace. L’artiste compare ici l’éponge à ses spectateurs, capables de s’imprégner de son art et de la beauté sans passer par l’intermédiaire du tableau.

FC1, 1962

Une oeuvre qu’il réalise peu de temps avant sa mort. Elle est sans aucun doute son œuvre ultime la plus aboutie. Celle-ci possède tous les éléments emblématiques créés par l’artiste, de l'exposition autour du bleu qui révolutionna l’art, à la peinture de feu en passant par l’anthropométrie.

L’oeuvre est légendaire.

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